Recevoir un diagnostic de cancer est une épreuve difficile tant sur le plan physique que psychologique. Outre les enjeux médicaux liés à la tumeur maligne, les traitements comme la radiothérapie peuvent avoir un impact non négligeable sur la vie intime et sexuelle des patients. Pourtant, cette dimension essentielle de la qualité de vie est souvent négligée.
L’impact de la radiothérapie sur la sexualité
La radiothérapie est un traitement efficace contre de nombreux types de cancer. La radiothérapie peut malheureusement entraîner des effets secondaires qui affectent la vie sexuelle des patients. Selon le type de tumeur et la zone irradiée, les complications associées aux rayons ionisants peuvent varier : dysfonction érectile, sécheresse vaginale, dyspareunie, ou encore troubles de l’image corporelle.
Ces changements physiques et psychologiques peuvent avoir un impact majeur sur l’intimité et le bien-être des patients. Mais la santé sexuelle reste souvent un sujet tabou, peu abordé par les équipes de soins. Il est donc important de mieux comprendre ces problématiques afin d’offrir un accompagnement adapté aux patients traités.
Cancer du sein : l’influence de la chirurgie et de la radiothérapie
Le cancer du sein est le plus commun chez la femme. Bien que les taux de survie se soient nettement améliorés, les traitements peuvent encore entraîner des répercussions importantes sur la vie intime et sexuelle des femmes.
La chirurgie du sein, qu’elle soit conservatrice (tumorectomie ou mastectomie partielle) ou radicale (mastectomie totale), peut engendrer des changements de l’image corporelle difficiles à vivre. Selon diverses publications, les patientes ayant subi une mastectomie présenteraient davantage de troubles du désir, de l’excitation et de l’orgasme que celles qui ont pu bénéficier d’une chirurgie conservatrice.
La radiothérapie du sein adjuvante, souvent proposée après la chirurgie mammaire, peut également affecter la vie sexuelle. Elle peut notamment entraîner une fibrose du sein traité, avec déformation de l’aspect, ainsi qu’un lymphœdème du bras, sources potentielles de gêne et de douleur durant les rapports.

Par ailleurs, les traitements systémiques comme la chimiothérapie et l’hormonothérapie peuvent avoir un impact négatif sur la libido et la fonction sexuelle. L’évaluation et la prise en charge globale de ces troubles chez les patientes atteintes d’un cancer du sein sont donc très importantes si l’on souhaite conserver une bonne qualité de vie.
Cancer de la prostate : l’enjeu majeur de la dysfonction érectile
Le cancer de la prostate est le plus courant chez l’homme. Parmi les traitements curatifs, la radiothérapie pelvienne peut s’accompagner de complications sexuelles majeures, et notamment la dysfonction érectile.
Ce trouble, qui peut aller jusqu’à la perte complète de l’érection, est dû à des mécanismes complexes impliquant la radiosensibilité individuelle, les comorbidités déjà présentes chez les patients, ainsi que des lésions des tissus péri-prostatiques.
Malgré les progrès techniques qui permettent de mieux épargner les tissus et structures impliquées dans la fonction érectile, de nombreux patients traités par radiothérapie peuvent présenter une réduction de la qualité de leurs érections.
Une prise en charge précoce et adaptée est là aussi essentielle pour limiter l’impact de ces troubles sur la qualité de vie des hommes touchés. Les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (IPDE5) constituent le traitement de première intention, à la demande ou en continu, complété si besoin par d’autres options comme des injections intracaverneuses. Un suivi régulier de la fonction érectile et un soutien psychosexologique sont également recommandés.

Cancers pelviens : des complications intimes complexes
Les cancers qui concernent la région pelvienne, comme les tumeurs anales, rectales ou gynécologiques, peuvent également entraîner des complications sexuelles importantes après radiothérapie.
Chez les femmes, les dommages au niveau vaginal et vulvaire peuvent provoquer une sécheresse, une sténose et une dyspareunie, rendant les rapports sexuels douloureux, voire impossibles. Les hommes peuvent quant à eux souffrir de troubles érectiles en raison des lésions vasculaires et nerveuses dans la zone irradiée.
Ces changements physiques, associés à l’impact psychologique de la maladie et de ses traitements, peuvent avoir un effet dévastateur sur la sexualité des patients. Un accompagnement pluridisciplinaire, incluant sexologue et thérapeutes, est souvent nécessaire pour aider les patients à surmonter ces épreuves.
Sexualité et cancers ORL après radiothérapie
Les cancers de la sphère ORL (ou cancers de la tête et du cou), tels que les cancers de la bouche, de la gorge ou du larynx, peuvent également avoir un effet néfaste sur la vie intime des patients traités par radiothérapie.
Les principaux effets secondaires de la radiothérapie dans cette région sont la xérostomie (sécheresse buccale) et les troubles de la déglutition et de la respiration. Ces complications peuvent avoir des répercussions directes sur l’intimité et la sexualité des patients qui sont souvent ignorées. La sécheresse buccale, les difficultés à avaler ou encore les troubles respiratoires peuvent être source d’inconfort et d’anxiété lors des rapports intimes et compliquer les baisers ou certaines pratiques orales.
Au-delà de ces aspects physiques, les changements de l’apparence et de la voix induits par les traitements peuvent également affecter l’image de soi et la confiance en soi des patients et impacter leur vie sociale et intime. Un accompagnement psychologique est ici aussi souvent judicieux pour les aider à traverser cette épreuve.
Bien que la radiothérapie soit indispensable pour le traitement de nombreux cancers, elle peut avoir des conséquences profondes sur la santé sexuelle et l’état psychologique. En intégrant la préservation de la fonction sexuelle dans la planification du traitement, en utilisant des thérapies et techniques novatrices moins invasives, et en proposant un soutien psychologique adapté, il est tout à fait possible d’améliorer la qualité de vie des patients après le traitement, notamment sur le plan sexuel.

